L’anticommunisme se lâche !
Les premières réactions des soutiens de Idir Boumertit éclairent un sens du vote qui peut inquiéter. Il insiste lui-même plus que pendant la campagne. Il a « mis fin à 90 ans de gestion communiste ». On croyait que LFI proposait un front antifasciste, contre les politiques macronistes, mais c’est l’anticommunisme qui l’emporte. La hargne de quelques uns interroge. Ce n’est pas pour « faire mieux », mais pour mettre en cause une histoire ? mettre en cause quoi ? Cette question est importante. Car pendant ce temps, c’est la bascule à droite de la métropole qui va mettre en cause les politiques sociales, du logement, des collèges, des transports avec un gros impact sur les Vénissians. Mais Idir Boumertit concentré sur Vénissieux a laissé la droite lui passer devant dans sa propre circonscription de député !
Cela éclaire sur sa déloyauté. Comme député, il représentait toute la gauche, Michèle Picard s’étant effacé pour lui laisser la place à la demande des négociateurs parisiens de la NUPES, puis du NFP. Et en retour, non seulement il met de gros moyens contre Michèle Picard, mais il laisse la place à la droite hors Vénissieux !
A lui de dire comme nouveau maire si ce n’était qu’un effet de campagne, et de dire s’il veut travailler pour et avec tous les vénissians, très partagé dans ce vote presqu’à égalité. [2]
Pourquoi tant de vénissians n’ont pas jugé utile de se déplacer ?
C’est le cœur du sujet. Malgré le rassemblement à gauche, malgré une belle campagne engagée par des rencontres publiques pour élaborer un vrai projet vénissian, malgré un bilan incontesté ou presque, près de deux électeurs sur trois ont jugé que ça ne valait pas le coup de se déplacer, 63% au premier tour !
Bien sûr, c’est le résultat d’une crise démocratique profonde en France, dont le tournant est le référendum de 2005 et le NON populaire bafoué. On peut comprendre que beaucoup de gens pensent que de toute façon, voter ne change rien. Et puis, il y a la crise sociale, beaucoup ont d’autres priorités que la vie démocratique. Pour certains, des maires de droite ou de gauche, ça ne change pas grand chose face à la désindustrialisation ou aux trafics, et pour beaucoup, un maire communiste, socialiste, ou insoumis, c’est pareil. Certains nous disent depuis leur inquiétude, mais trop tard ! Certains nous disent aussi que, justement Vénissieux étant bien gérée, ils pensaient qu’il n’y avait pas de risque… et bien si !
Une campagne électorale ne peut pas inverser cet enracinement de l’abstention qui ne cesse de progresser. Pourtant, il y avait bien un enjeu, la preuve !
C’est une des dimensions de la crise démocratique. Beaucoup de citoyens ont des idées sur les questions publiques, ils sont contents quand on les sollicite, comme pour la consultation citoyenne de 2024 sur la tranquillité, près de 8000 Vénissians, mais dont beaucoup ne sont pas venus voter ! Résultat, la majorité silencieuse bien que citoyenne, laisse la place aux plus « énervés », aux plus mobilisés.
C’est la question fondamentale pour les communistes, comment construire un rassemblement populaire réellement majoritaire dans la société toute entière, de l’ampleur de ce qu’a été mai 68 dans le monde du travail. La participation électorale serait alors naturelle, elle ne serait plus un casting fait par des spectateurs, mais un acte politique de citoyens actifs.
Pourquoi tant d’électeurs des quartiers des minguettes ont pu être mobilisés le jour même du vote par LFI ?
Bien sûr, il y a eu une véritable campagne de rabattage d’électeurs le jour du vote, pratique interdite mais que certains avait mené en 2014 pour le candidat socialiste, en 2020 pour le macroniste, cette fois pour un insoumis. Sur trois bureaux de vote des minguettes, c’est plus de 100 voix, plus de 300 en tout, entre les deux tours. Et pourtant l’abstention reste proche de 60% dans ces bureaux, une des plus fortes de la ville.
Mais il ne faut pas se tromper. Si cela est possible, c’est que pour ces électeurs des quartiers les plus pauvres, les plus marqués par les injustices et les inégalités, le vote LFI semble utile pour se faire entendre [3]. Plus les médias polémiquent sur LFI et Jean-Luc Mélenchon, plus il apparaît comme « anti-système », un vote de contestation, le pendant du vote RN qui ne craint pas les polémiques et les affaires, tant qu’il permet à des quartiers pauvres dans la « France périphérique » d’exprimer leur contestation. Nous payons une bataille nationale médiatique qui tente de renvoyer dos à dos LFI et RN pour sauver les partis « de gouvernement », une bataille qui est une impasse pour ceux qui veulent vraiment changer de société.
Au plan politique, le vote communiste est à la fois plus confus, mélangé à un vote « de gauche », et aussi un vote chargé d’histoire, de batailles idéologiques féroces laissant partout un anticommunisme virulent, pas seulement à l’extrême-droite. C’est un vote plus exigeant.
Si ce vote LFI est possible, c’est que la majorité municipale n’a pas réussi à rassembler suffisamment, dans des quartiers où pourtant elle a fait beaucoup ! C’est terrible de voir un habitant répondre à un média « ils n’ont rien fait dans nos quartiers ». Il suffit de se promener pour voir les réalisations municipales sur le plateau, la piscine, l’équipement Annie Steiner, l’esplanade Frida Khalo, l’espace ressources de biodiversité, les nouveaux logements de Vénissy, les réhabilitations de milliers de logements, la qualité partout des espaces verts… Mais le sentiment d’injustice reste, car la pauvreté, la précarité, les insécurités sont toujours là.
Comment unir les Vénissians contre le racisme ?
Le RN progresse de 10 à 17% à Vénissieux, encore loin de son record de 25% en 1995… Mais malgré ce résultat qui reste limité, il ne faut pas se tromper, comme dans toute la société, c’est une question essentielle à Vénissieux parceque le racisme est l’arme utilisée pour diviser notre peuple, empêcher son unité.
On le voit avec la violence raciste de Trump, sans oublier que Obama a comme bilan un record de jeunes noirs en prison… Les sociétés occidentales sont en crise profonde, économique et politique. Le dollar est en faillite et même la puissance militaire US montre ses limites. Comme toujours, la guerre et le racisme sont les deux moyens de diviser pour régner.
Mais pourquoi des politiciens comme Ben Khelifa peuvent se permettre de traiter l’équipe de Michèle Picard de racistes ? Et pourquoi des habitants que je connais bien peuvent le suivre sur les réseaux sans réagir ? Nacer, Sophia, Bayrem, Saliha, Djilannie, Samira seraient des racistes ? Véronique l’infatigable militante internationaliste de la solidarité ? Et Michèle, qui a passé sa scolarité à Anatole France, la plus grand école des minguettes ? Et les communistes de Vénissieux dont le voyage à Alger pour le 60e anniversaire de la révolution algérienne a fait du bruit y compris à la télé algérienne ? Ce n’est tellement pas sérieux que ça pourrait être risible si ce n’était pas insultant pour nous.
Et quand à parler des quartiers populaires, il faut rappeler que ceux qui en parlent beaucoup n’y habitent pas souvent. Ceux qui se présentent comme issus des quartiers sont depuis longtemps propriétaires dans un quartier résidentiel. Participant à des rencontres nationales de la rénovation urbaine, j’ai pu constater que j’étais un des rares adjoints chargé de la politique de la ville à habiter réellement dans un « quartier prioritaire », comme Nacer est un des rares premier adjoint à habiter lui aussi dans un « quartier prioritaire », ce ne sera pas le cas avec la nouvelle équipe !
La vérité, c’est que si Mr Ben Khelifa peut dire de telles infamies, c’est que son objectif n’est pas d’unir les Vénissians, mais de les diviser selon leurs origines pour son bénéfice électoral, un bénéfice de court terme, car le racisme produit toujours de la division, donc pour les milieux populaires, des défaites.
Discuter largement pour comprendre pourquoi nous n’avons pas plus mobilisé dans tous les bureaux entre les deux tours ?
Mais le défi est posé à toutes les forces sociales de la ville ; unir, résister, agir ensemble, quelles que soient nos origines, nos quartiers, nos religions. Michèle Picard a mobilisé dans beaucoup de quartiers entre les deux tours, y compris dans des quartiers des minguettes (+172voix) , comme dans le Moulin à vent (+160voix). Idir Boumertit se concentre lui sur les quartiers des minguettes (+434 voix) délaissant le Moulin à vent (+61 voix). La progression entre les deux tours pour Michèle Picard devra être analysée car le revenu médian n’est pas une explication des différences entre les bureaux.
Le « nuage de points » à gauche montre des bureaux où la progression est forte (points en haut), d’autres où elle est faible (points en bas), aussi bien dans les bureaux les plus populaires (à gauche), que plus aisés (à droite).
La conclusion revient au premier point. Pourquoi nous n’avons pas gagné des centaines, des milliers de vénissians de plus à défendre un bilan remarquable, une équipe expérimentée et solide ?
N’hésitez pas à m’écrire pour me donner votre avis.






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