Et pourtant, comment comprendre que la métropole bascule clairement et brutalement à droite, même à Lyon Ouest, le pays de Gérard Collomb, même à Portes du Sud ou Rhone Amont, terres historiques de gauche, même à Lônes et Coteaux, ou le vice-président en charge de la ZFE conduisait la liste et affirmait à tous que la ville nouvelle de Oullins-Pierre-Bénie allait basculer… ?
Pourtant, si on regarde le résultat en voix à l’échelle de toute la métropole, surprise ! La gauche fait plus de voix que la droite… 206 353 contre 197 720… Attention, l’extrême-droite est à 68 187 voix, en force dans la métropole et entrant au conseil… Mais c’est très inégalement réparti… La gauche a 51 736 voix d’avance sur Lyon Villeurbanne, et 43 103 de retard sur le reste de la métropole. Les deux sont de taille équivalente, 406 513 inscrits et 247 163 votants sur Lyon Villeurbanne pour 472 400 inscrits et 244 466 votants dans la périphérie. [1]
C’est la carte de la ZFE !
Bon, le cas de Givors est particulier, une terre de gauche, mais si la gauche est en tête, c’est à 48% quand elle était à 68% aux dernières législatives…
Oui, les élus communistes ont eu raison d’alerter sur l’injustice sociale terrible de ce principe de la ZFE et ils ont eu raison au final de voter contre, les seuls à gauche, et ils ont eu raison d’alerter au printemps 2024 la majorité métropolitaine sur l’urgence d’entendre les souffrances sociales. C’est une leçon qui demandera de tout mettre sur la table, pourquoi la gauche ne peut relever le défi des fractures sociales ? pourquoi l’extrême-droite peut prospérer dans des milieux populaires ? pourquoi un maire de droite bousculé comme les autres à Rillieux par l’insécurité peut être réélu brillamment alors même qu’il démontre en pratique que son discours n’est que du buzz médiatique sans effet sur les trafics ?
Cette histoire rocambolesque des ZFE est une illustration de la crise politique profonde qui fait que notre démocratie ne fonctionne plus… un petit résumé
- les ZFE sont créés par l’article 86, du troisième chapitre du titre IV, presqu’un détail, d’une loi qui portait sur la programmation des investissements et la gouvernance des mobilités… et qui n’a été voté que par la majorité macroniste… Mais un détail aux conséquences impressionnantes, les deux tiers des véhicules interdit des métropoles !
- Ce sont surtout les écologistes qui s’emparent de cette loi et poussent à sa mise en œuvre, cherchant à compenser son injustice par des mesures d’aide et d’accompagnement. Ce qui explique que les systèmes proposés sont incompréhensibles pour le commun des mortels…
- les débats sont vifs pendant plusieurs années, mais tombent dans le piège de l’opposition entre le droit à la mobilité et le droit à la qualité de l’air. Les communistes ont eu raison d’affirmer que la seule vraie réponse était une autre politique des mobilités nationales !
- Sous Gérard Collomb et David Kimelfeld, la droite défend la ZFE et même demande qu’elle soit étendue à toutes les communes, notamment à l’Est avec cette déclaration qu’il préfère oublier du maire de Saint-Priest « l’Est Lyonnais a le droit à la qualité de l’air ! »
- Mais la droite est dans l’opposition quand Bruno Bernard lance le projet ZFE et donc évidemment s’oppose. C’est terrible de le dire, mais la vie politique de type parlementaire est un obstacle à la démocratie réelle…
- Les élus insoumis qui veulent être plus vert que vert, défendent un accompagnement plus fort de la ZFE, Laurent Legendre, responsable du groupe insoumis de la métropole, devenant l’expert du covoiturage. Ce qui explique que les insoumis malgré nos discussions, décident de s’abstenir quand les communistes votent contre au conseil de métropole en juin 2023.
- Les mobilisations sociales contre la ZFE restent faibles, mais existent, un peu du type « ’gilets jaunes ».
- L’extrême-droite tente de les récupérer et en fait un sujet politique, poussant après son succès des législatives de 2024 à faire voter une loi supprimant la ZFE. La droite ne peut pas lui laisser le terrain, donc les propositions de loi se multiplient, et leur histoire est illustrative du chaos parlementaire… LFI votant pour la suppression des ZFE avec la droite et le RN ! Mathilde Panot s’exclame « Victoire : sortie de route pour les ZFE ! »
- mais cette victoire n’était pas finale, la vie parlementaire est longue et ce n’est que cette semaine que le vote définitif a eu lieu : le RN, la droite et 82 sur 163 du bloc gouvernemental votent la suppression des ZFE quand la gauche et les écologistes s’y opposent, y compris LFI qui a donc inversé son vote entre 2025 et 2026… !
Qui peut comprendre quoi que ce soit à ce mauvais théâtre parlementaire ! Qui est pour le principe des ZFE ? qui est contre ? Et que vont devenir les centaines d’aides votées depuis 3 ans ? et les 160 radars spécifiques commandés par la métropole ? et les milliers de PV faits par la police municipale de Lyon ?
Je prends les paris. Avec un diesel à 2€40, le nombre de kilomètres parcourus va fortement baisser et donc la pollution de l’air par l’automobile aussi. Terrible pour la démocratie française ; c’est la guerre US qui nous fera atteindre les objectifs de qualité de l’air, dans l’injustice sociale la plus grande bien sûr…



Vos commentaires
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
Suivre les commentaires :
|
